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Annonce de l’exposition « L’Ottocento a Villa Farnesina »
Rome – Villa Farnesina
12 janvier – 25 février 2023
En sortant du Palazzo Corsini, entré à la Farnésine. Quel lieu magique ! Quand je lis la description d’un palais merveilleux, c’est toujours la Farnésine qui apparaît devant mes yeux. Que dire de cette vaste salle dont Raphaël et ses élèves ont peint la voûte ; Psyché, Galatée, Vénus, les déesses, les Grâces : l’Olympe rivalise avec le Paradis ; la mère de l’amour avec la mère de l’enfant Jésus. Et si nous voulions passer du domaine de l’Art à celui de l’histoire, que de souvenirs ! C’est dans cette salle que se déroulaient les grandes orgies de la Renaissance dignes des bacchanales antiques, qui ressemblaient aussi peu à nos soupers mesquins que la Farnésine à la Maison d’or et Imperia à Cora Pearl.
Aujourd’hui, l’heureux propriétaire du palais est l’aimable duc de Ripalda. Il a signé avec le roi de Naples une emphytéose par laquelle il s’engage à restaurer complètement la Farnésine, qui tombait en ruine, et à payer la modique somme de 15 000 fr. pendant 99 ans, au terme desquels la Villa reviendrait à son propriétaire ou à ses héritiers. Le gouvernement italien arrive, annule les contrats d’emphytéose et accorde aux locataires (de 100 ans) le droit de devenir propriétaires en payant seulement le capital du loyer. Ainsi, en donnant 300 000 fr., le duc pourrait devenir le seul maître des fresques de Raphaël et de Giulio Romano. Le fera-t-il ? S’il ne le fait pas, c’est une délicatesse excessive, digne de beaucoup d’éloges ; s’il le fait, on ne saurait l’en blâmer, car il a dû dépenser plusieurs millions dans les restaurations faites au palais. Il est vrai que la vente de quelques fresques le rembourserait largement de ses dépenses.
Le duc de Ripalda est presque un personnage historique. Au début, il a été un journaliste d’un immense talent. Il faisait partie de l’opposition au gouvernement, qui remarqua le nom de Bermudez de Castro au bas de violents articles polémiques. Narvaez décida de s’attacher le fougueux jeune homme, en fit un peu sa créature et lui confia des missions confidentielles qu’il mena à bien honorablement. Il fut fait marquis de Lema, puis duc de Ripalda et enfin prince de Santa Lucia. Puis il fut envoyé comme ambassadeur en France et à Naples, où il rendit d’importants services au roi François II, tant par ses conseils que par son argent. Du reste, le roi n’a pas cessé de le reconnaître et, un peu pour le récompenser, lui a concédé la Farnésine en emphytéose.
On dit tout haut – et je peux le dire tout bas – que le pétillant duc a été l’amant de deux reines.
Il y a en lui un peu de don Quichotte et de Machiavel.
J’ai le plus grand plaisir à entendre bavarder le duc de Ripalda. Il a vu tant de gens et de choses que sa conversation est inépuisable. Il semble incarner l’histoire contemporaine et l’on apprend toujours quelque chose en la feuilletant. Je lui ai demandé pourquoi il ne songeait pas à écrire ses souvenirs. Il m’a répondu : « À quoi bon ? Si nous écrivions l’histoire telle qu’elle s’est déroulée, personne ne nous croirait. » […]
Giuseppe Primoli, octobre 1873
À l’occasion du colloque des Lincei qui s’est tenu le 9 novembre 2021 sous le titre « Villa Farnesina: un esempio di resilienza e valorizzazione da Roma Capitale a oggi » – titre qui renvoie à toute la longue histoire de la Villa Farnesina et à toutes les initiatives menées par l’Accademia Nazionale dei Lincei dans le but de préserver et de valoriser toujours davantage cette villa extraordinaire – ont été présentés quelques résultats préliminaires, représentatifs des activités programmées en amont en vue de la constitution du « Centro linceo di ricerca sui beni culturali Villa Farnesina » (acronyme CERIF).
On a voulu rappeler en particulier les récents accords de collaboration conclus avec les principaux organismes de recherche italiens, parmi lesquels le CNR, l’ENEA, l’INFN et l’INGV, avec les plus importantes institutions européennes, telles que l’École française de Rome, et avec plusieurs grandes institutions muséales romaines, comme le Parco Archeologico del Colosseo et le Museo Nazionale Romano, dans le but de favoriser les échanges dans un rapport de réciprocité.
Parallèlement à la publication des actes du colloque mentionné ci-dessus, l’exposition « L’Ottocento a Villa Farnesina. Il Duca di Ripalda, il conte Giuseppe Primoli e Roma nuova Capitale d’Italia », sous la direction de Virginia Lapenta et Valeria Petitto, qui ouvrira le 12 janvier prochain (et se tiendra jusqu’au 25 février à la Villa Farnesina), entend mettre en évidence les aspects communs de deux personnages, le duc de Ripalda et le comte Primoli, tous deux « étrangers » dans une ville qu’ils ne connaissaient pas. Ils se rencontrèrent et se fréquentèrent (comme il ressort des journaux de Giuseppe Primoli de ces années-là) ; tous deux vivaient en outre dans des palais donnant sur le Tibre, la Villa Farnesina et le Palazzo Primoli, qui durent subir de profondes modifications liées à la construction des digues de contention du fleuve. Cette section de l’exposition, réalisée en collaboration avec Pirelli & C. S.p.A. et la Fondazione Pirelli, montrera en effet comment la construction des murs du Tibre pour l’assainissement de la jeune capitale du Royaume d’Italie, considérée comme une entreprise de prestige national, constitua au contraire pour la Villa Farnesina son premier exemple de résilience. Vers 1950, ce que le duc de Ripalda avait redouté se concrétise : avec l’augmentation du trafic motorisé lourd sur le tronçon du Lungotevere adjacent à la Villa Farnesina, on commença à constater une aggravation des dommages à l’extérieur de l’édifice et sur les enduits peints à fresque qui décorent l’intérieur. En 1956, une commission de spécialistes nommée par l’Accademia Nazionale dei Lincei, présidée par le membre des Lincei Prof. Ing. Gustavo Colonnetti, étudia le plan de protection de la Farnesina, qui se concrétisa par « une plaque flottante » de briques de caoutchouc de la Saga-Pirelli ; la pleine confiance dans la durée pratiquement illimitée du dispositif choisi a été confirmée par les derniers relevés effectués par l’INGV (Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanologia).
Tant le duc de Ripalda, arrivé à Rome en 1861, que le comte Primoli, qui y était né et y revint en 1871, se trouvèrent donc à vivre et à cohabiter avec les profondes transformations sociales et urbanistiques de la ville, devenue capitale de l’Italie.
Le parcours de l’exposition accompagnera le visiteur à la découverte de ces deux figures à partir de leur rencontre : en retraçant leur histoire, il mettra en lumière leur rapport avec la ville en mutation, et les photographies prises par le comte Primoli dans les dernières années du XIXe siècle deviendront le fil rouge qui guidera le visiteur à travers les différentes étapes du parcours.
Chaque étape mettra en outre en évidence, à l’aide de panneaux identifiables graphiquement et chromatiquement, l’aspect XIXe siècle de la salle de la Villa Farnesina où se trouve le visiteur, en mettant l’accent sur les détails et les particularités des décors et en approfondissant surtout les ornementations peintes en faux rideaux et les peintures à « succhi d’erba » spécialement conçues pour compléter le décor à fresque existant de la Renaissance. Une salle multimédia retracera l’évolution des décorations textiles murales qui, du XVIe siècle à l’époque contemporaine, des tapisseries aux cuirs dorés et au papier peint, ont également caractérisé la Villa Farnesina, formidables indicateurs de l’aisance de son propriétaire.
La dernière section de l’exposition, située au premier étage, racontera la ville « autour de la Villa Farnesina », avec un focus sur le Palazzo Farnese, sur le Palazzo Corsini et, grâce à la collaboration avec la Sovrintendenza Capitolina ai Beni Culturali, sur l’histoire des Mura Aureliane au XIXe siècle, en particulier sur le tronçon dit « della Farnesina », aujourd’hui visible dans le jardin de la Villa, qui constitue l’un des rares vestiges de l’enceinte encore conservés sur la rive droite du Tibre. Après l’annexion de Rome au nouvel État italien, le tracé de l’enceinte, privé de sa fonction défensive, suivit les exigences de l’expansion urbaine. De nombreux secteurs furent sacrifiés pour permettre la liaison entre l’intérieur de la ville et les quartiers périphériques, tandis que certaines portions isolées furent converties en ateliers d’artistes et en habitations. La présentation, par l’École française de Rome, de quelques dessins appartenant à un fonds exposé pour la première fois fait connaître le travail de l’architecte Virginio Vespignani, l’un des protagonistes de ce processus artistique et architectural de renovatio urbis qui entendait rapprocher Rome des modèles des capitales européennes modernes, en approfondissant une problématique qui, dès la période napoléonienne, était devenue une affaire d’État : la restauration et la transformation des murailles que les empereurs avaient léguées aux pontifes.
Une série d’essais, placés en annexe des actes du colloque, approfondissent tous les thèmes traités dans l’exposition.
Commissariat de l’exposition : Virginia Lapenta et Valeria Petitto
Organismes promoteurs : Accademia Nazionale dei Lincei – Fondazione Primoli
En partenariat avec : École française de Rome, Sovrintendenza Capitolina ai Beni Culturali, Pirelli & C. S.p.A. et la Fondazione Pirelli
Avec le patronage de : Associazione Amici dell’Accademia dei Lincei
Plus d’informations : www.villafarnesina.it
Informations pratiques
Exposition du 12 janvier au 25 février 2023 à la Villa Farnesina, Via della Lungara 230, 00165 Roma
Horaires d’ouverture : du lundi au samedi de 9 h à 14 h (dernière entrée à 13 h 15). Le deuxième dimanche du mois de 9 h à 17 h (dernière entrée à 16 h 15)
Billets : Les billets sont en vente à la Villa Farnesina, via della Lungara 230 ; achat en ligne sur www.villafarnesina.it
Bureau de presse : Barbara Notaro Dietrich ; 0039 3487946585 ; b.notarodietrich@gmail.com




